Timor. De l’usage politique de la peur


24 AOÛT 2020

Jean Casanova

——Timor signifie en latin, vous le saviez déjà : la Peur.

——–Chers amis, nous voici, en cette fin Août 2020, au Brooklyn College, 2900 Bedford Avenue, aux USA, célèbre établissement d’enseignement supérieur de la ville de New York. Non bien sûr pour y solliciter notre inscription, nous n’aurions pu de toutes façons réunir les 20 000 $ requis pour l’entrée en première année, mais pour y rencontrer le Pr Robin Hood, le directeur de son département de Sciences Politiques.

——–Robin Hood n’est pas, vous vous en doutez bien, le célèbre Robin des Bois, le héros archétypal (il volait les riches pour donner aux pauvres) du Moyen-Age anglais et de votre adolescence. Le brigand au grand cœur, Robin Hood (Robin la Capuche et non pas Robin des Bois, comme cette paronymie de hood avec wood l’a souvent laissé penser), le brigand au grand cœur ignorait tout du Brooklyn College des années 2020. Il vivait caché dans la forêt de Sherwood du comté de Nottingham, vers la fin des années 1190, époque où Richard Coeur de Lion partait pour la Croisade.

Non, le Pr Robin Hood d’aujourd’hui enseigne les Sciences Politiques. Il est l’auteur de nombreux essais, le plus fameux, L’Histoire du Gouvernement par la Peur, dont la trame centrale, comment gouverner par la peur, comment la susciter, se conclut par la thèse que la gouvernementalité moderne repose sur sa capacité à l’apaiser. Apaiser la peur. Vous découvrirez qu’il s’agit de tout un art.

—-Chers amis, ne vous offusquez pas ! Vous n’êtes pas des moutons, mais des brebis craintives. Du moins, si l’on veut bien suivre les propos du Pr Robin Hood.

———Dans la ligne directrice de cette thèse, le Pr Robin Hood assimile, dans un article célèbre et déjà bien ancien du Washington Post, en 2005, quelques années après l’attentat des Twin Towers, la politique sécuritaire de Georges Bush et sa législation sur la sécurité nationale, celle du Patriot Act, à une ruse du pouvoir : l’instrumentalisation de la menace extérieure pour la mise à la raison des oppositions intérieures.

Les tragiques événements des derniers mois en France et dans le monde, les angoisses et les inquiétudes suscitées par la culmination de la pandémie virale et son rebond annoncé, nous amènent aujourd’hui à interroger le Pr Robin Hood sur les similitudes, si tant est qu’il y en ait, entre la France de 2020 et les États-Unis des lendemains de l’effondrement des Twin Towers.

Prendre son avis nous a paru d’autant plus nécessaire qu’en France, toute la profession de penseur politique, de chroniqueur et d’éditorialiste est aujourd’hui plus occupée aux jérémiades, litanies, palinodies et autres psalmodies paravirales à la destination dont on ne sait quel Mur des Lamentations, qu’à la réflexion sur nos proches lendemains sanitaires, sociaux et économiques.

Nous avons traversé l’Atlantique et l’interrogeons dans son bureau du Brooklyn College.

——–Pr Robin Hood, qu’entendez-vous par cette expression si étrange : administrer la peur ?

La Peur a toujours fait l’objet d’un véritable travail politique : structurer la peur des citoyens, l’organiser dans la construction du rapport gouvernant – gouverné. Pour cela, sachez-le, l’aide de l’appareil médiatique est déterminante. Je vous renvoie à Noam Chomsky et à son célèbre ouvrage, La Fabrique du consentement.

——–Pr Robin Hood, merci pour cette réponse lapidaire et incisive. Une phrase revient souvent dans vos essais : avoir peur, c’est se préparer à obéir.

Administrer la peur, c’est d’abord désigner l’ennemi, l’islamisme fanatisé à l’extérieur hier, le virus à l’intérieur aujourd’hui.

Et l’ennemi une fois désigné, construire l’image d’un pouvoir pastoral apaisant, car la peur appelle le Maître qui doit bientôt venir.

——–Pr Robin Hood, diriez-vous qu’en France, et surtout à l’avant-veille de la grande échéance électorale de 2022, les prétendants à l’exercice du pouvoir suprême, l’un d’entre eux en particulier, vont se lancer dans la course du bon Pasteur à la houlette protégeant ses brebis ?

Cette course a déjà commencé. Et le bruit médiatique dominant visera, y parviendra-t-il, c’est une autre question, au renforcement du pouvoir du Chef et à l’affaiblissement de ses oppositions.

Ce ne sont pas sur les facteurs ayant engendré la catastrophe, essentiellement une mondialisation échevelée depuis plusieurs années qui détruit la planète à petit feu, ce ne sont pas sur ces facteurs et sur leurs nécessaires correctifs que vont porter débats, analyses, recherches de solutions, mais sur la gestion de la Peur.

Oui, le mot d’ordre au sommet sera : cultiver la peur, jouer de la menace du rebond de la pandémie, le meilleur moyen de se faire obéir. Car la peur porte au despotisme, à l’autorité d’un seul.

Une autre configuration institutionnelle s’installe de façon rampante et insidieuse, toujours plus forte, celle du pouvoir d’un Homme Seul : la dictature, sous la forme de la monarchie élective, élective, forme la plus adaptée à notre époque, celle du libre choix du consommateur.

Le rendez-vous de 2022 est en préparation. Timor, la peur en sera l’instrument primordial.

 

 

 


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