Apocalypse yesterday


06 AOÛT 2020

—— Jean Casanova

Hiroshima, 6 août 1945. Il est 8 heures

——–Les cigales se font entendre, le soleil brille, il fait déjà très chaud en cette matinée du lundi 6 Août 1945 à Hiroshima.

8h15, un bombardier B 29 largue sa bombe.

Sur 1 km autour du point d’impact, la température est cinq fois plus élevée qu’à la surface du soleil. Il y a déjà 80 000 morts et, dans ce chaudron de goudron noir et bouillant, ce n’est que le début du cauchemar pour des dizaines de milliers d’autres victimes brûlées, irradiées, contaminées. Une minute après l’explosion, un nuage en forme de champignon, composé de gaz et de particules radioactives s’élève jusqu’à 17 000 m. La pluie arrive. Une pluie noire, qui éteint les flammes des incendies, mais qui, formée dans le nuage mortel, va elle aussi se révéler contaminante et destructrice. L’ère atomique a commencé.

Hiroshima. Il est 8h20

—-Le 14 Mai 1610, rue de la Ferronnerie à Paris, le bras de Ravaillac portant trois coups de poignard mortels à Henri IV, était-il armé par l’étranger ?

—-Le 28 Juin 1914, à Sarajevo, l’anarchiste Gavrilo Princip blessait mortellement de deux coups de revolver l’Archiduc Ferdinand et son épouse la duchesse de Hohenberg. Faut- il voir là la cause principale du déclenchement de la Première Guerre Mondiale ?

——Ces questions, chers lecteurs, nombre d’historiens les ont posées, en ont débattu, et, au sortir des controverses, une vérité s’est progressivement imposée. Comme bien souvent lorsqu’il y a débat. Et c’est bien là la fonction de l’historien. Établir les faits, tous les faits, pour qu’au delà de la de la version officielle, souvent celle du vainqueur, la réalité, sinon la vérité, puisse apparaître.

Deux événements majeurs de l’Histoire du 20° siècle échappent à cette règle : l’assassinat à Dallas, le 22 Novembre 1963, du président John Fitzgerald Kennedy et le feu atomique sur Hiroshima et ses 100 000 victimes le 6 Août 1945.

Qui, pour le premier ? Lee Harvey Oswald, lui et lui seul. Un seul homme et pas de complot.

Pourquoi, pour le second ? Pour raccourcir la guerre et éviter des centaines de milliers de morts potentiels. Circulez, il n’y a rien à voir. La chose est entendue, et ceci pour toujours.

——Aujourd’hui, 6 Août, à l’heure de la célébration, de la commémoration, nous ne savons quel mot utiliser, disons la remise en mémoire, courons le risque de poser la question que 70 ans de bonne conscience occidentale n’ont jamais voulu poser. Pourquoi Hiroshima ?

——–Noam Chomsky, le célèbre philosophe et linguiste américain, a bien tenté d’ouvrir la brèche dans son Occident Terroriste : d’Hiroshima à la guerre des drones, paru début 2015. L’écho vous en est peut-être parvenu, très faible.

—-Et peut-être, c’est notre hypothèse, car la mise à jour des véritables ressorts du gigantesque crime de guerre que fut Hiroshima est le non-dit de toute la bonne conscience occidentale consubstantielle à l’hégémon idéologique du Libéralisme. Goulag et son archipel, bonjour les dégâts. Pol Pot et ses Khmers Rouges, il fallait s’y attendre. Mais Hiroshima et Nagasaki, nécessaires pour terminer la guerre au moindre frais, pas touche ! Sinon complot !

——Poser la question, c’est le risque que vient de prendre un courant historique américain dont nous vous citerons deux figures, Ward Wilson et Robert Freeman. Vous n’en avez jamais entendu parler.

____– Le chapeau de la très fouillée communication de Ward Wilson est ainsi résumé : Ce n’est pas la bombe atomique qui a poussé le Japon à capituler. 70 années de politique nucléaire seraient-elles fondées sur un mensonge ?

____Robert Freeman, plus concis, intitule la sienne : Était-il nécessaire de lancer des bombes atomiques ?

Évidemment, ce n’est pas en France que l’on se risque à poser ce genre de questions. En France, dans un pays ou plus de 40 ans d’atlantisme social-libéral ont cadenassé la presse, l’édition, l’Université et pour tout dire, pratiquement tout ce qui touche à la culture, à la recherche, en un mot, tout ce qui touche à la réflexion. Transformé le geste états-unien en vache sacrée. Et fermé l’avenir au moindre jeune journaliste, écrivain ou chercheur qui se hasarderait sur de telles pistes.

——Et comme tout doit rester en ordre, envers et contre tout, vous n’accéderez à leur lecture sur Internet qu’à la rubrique Hiroshima et historiens américains
« révisionnistes ».

Le terme de révisionniste n’est-il pas idéal ? Apparenté à celui de négationniste, construit, installé et consacré pour qualifier les Faurisson et autres négateurs du génocide nazi, il peut maintenant servir à qualifier ceux qui avancent que le choix du Président Truman de déclencher à deux reprises le feu nucléaire n’était pas d’ordre militaire (terminer la guerre) mais géopolitique (ouvrir l’ère de l’hégémonie stratégique mondiale aux États-Unis).

70 ans plus tard, des enfants japonais commémorent l’effroyable tuerie du 6 Août 1945

—-Les bombes du 6 et du 10 Août, avancent Wilson et Freeman, ne sont pas les raisons de fond de la capitulation. Le Japon était déjà, le 2 Août, le dos au mur avec l’entrée en guerre de l’URSS et la progression foudroyante des troupes terrestres soviétiques en Mandchourie, à la veille d’un débarquement imminent dans le nord du Japon.

—-Avec comme conséquence immédiate et imparable, la chute de la dynastie impériale et le Japon installé, tel l’Europe de l’Est, dans l’orbite soviétique.

Pour Harry Truman, son Secrétaire d’Etat à la Guerre et le Chef d’Etat-Major Général, il fallait faire très vite. Il était plus que temps de vitrifier la situation : capitulation japonaise, arrêt de la progression soviétique, maintien de la dynastie impériale et signification à Staline du nouvel ordre à venir.

——Hiroshima + Nagasaki : 200 000 morts civils. Aujourd’hui, la Cour Pénale Internationale définit comme crime de guerre, toute action s’en prenant à des objectifs non pas militaires, mais civils, qu’ils soient humains ou portant sur des infrastructures.

Si de plus, l’action a été menée dans l’objectif de constituer un état de choc dont on attend quelque conséquence politique, alors l’incrimination de terrorisme peut-être soulevée.

Nous laisserons le dernier mot à Léo Szilard, compagnon de recherche et ami d’Albert Einstein.

Albert Einstein et Léo Szilard

—-« Si les Allemands avait largué une bombe atomique sur nos villes, nous aurions qualifié ce geste de crime de guerre. A Nuremberg nous les aurions condamnés à mort et pendus ».

Jugement sans concession, mais entaché de naïveté et d’idéalisme, faiblesse et grandeur de nos savants. Car si l’Allemagne nazie avait utilisé le feu atomique, elle aurait probablement gagné la guerre et celui qui gagne la guerre n’est jamais jugé pour crime de guerre.

 

 

 

 


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