Mort d’un Noir


31 MAI 2020

——Jean Casanova

Manifestation à Minneapolis

——–Minneapolis, Minnesota (USA), 27 mai 2020. George Floyd, 46 ans, vient d’être arrêté dans une rue passante du centre-ville. La police, alertée par un commerçant à propos d’un faux billet de 20 $, intercepte Floyd près de sa voiture garée le long du trottoir. Il est menotté sans résistance, tandis qu’un petit attroupement se forme, l’un des témoins filmant la scène.

Les mains attachées dans le dos, il est plaqué au sol contre la roue de son véhicule, un des policiers, pesant de tout son poids, maintenant son genou sur sa nuque. Floyd, le visage comprimé sur le bitume, gémit et répète : « Je ne peux pas respirer, je vais mourir ». Les passants intercèdent en vain. Après plusieurs minutes, le policier se relève. Floyd gît inanimé. Transporté en ambulance jusqu’à l’hôpital, il y est déclaré mort.

Un crime raciste vient d’être commis. Au vu de tous. Le Procureur a déclaré dans la soirée : « Nous allons enquêter aussi rapidement et complètement que la justice l’exige. Parfois, cela prend un peu de temps, et nous demandons aux gens d’être patients ».

——–Les statistiques officielles sont flagrantes : 1099 personnes ont été tuées par la police aux États-Unis en 2019. Un chiffre annuel stable depuis prés de10 ans. Pour les Noirs, trois fois plus de risques d’être tués que pour les Blancs.

Pourquoi, comment et jusqu’à quand cette efflorescence de meurtres racistes au pays du libéralisme et des « Droits de l’Homme » ?

——–Tout le monde connaît le « plus vieux métier du monde ». Mais le racisme est-il l’idéologie meurtrière la plus ancienne du monde ?

Il y a plus de 2000 déjà, le monde gréco-romain n’ignorait pas les différences. On parlait alors d’ethnos, mais non de race, concept des temps modernes. Le terme de barbare s’appliquait aux peuples parlant une langue incompréhensible, différente du grec, sans qu’il ait pour autant de valeur forcément péjorative.

Le sophiste athénien Antiphon déclarait au IVe siècle av. JC : « Le fait est, que par nature, nous sommes tous et en tout de naissance identique, grecs et barbares. Tous, nous respirons l’air par la bouche et les narines ».

« Pour un homme, le monde entier est sa patrie » ajoutait Démocrite.

Si les Grecs et les Romains étaient esclavagistes, les Africains, Noirs, n’avaient pas pour autant vocation à être mis en esclavage, les razzias esclavagistes dévastant autant l’Europe centrale danubienne – le mot d’esclave vient de celui de slave – le monde perse et arabe que l’Égypte et l’Afrique.

—-Il n’y avait pas, du moins on n’en a pas retrouvé, de mots grecs pour désigner les « Noirs ». On parlait alors d’Éthiopiens (Aithi-Ops, les hommes au visage hâlé par le soleil).

Statue de l’époque grecque représentant un éthiopien

—-Plus en avant, la Bible elle-même fait recommencer l’histoire de l’Humanité après le Déluge, avec les trois fils de Noé, Sem, Cham et Japhel, les peuples de la Terre représentant la descendance de ces trois frères.

——C’est à la fin du Moyen Âge que la notion de race se fait jour. Peut-être pour justifier le développement de la traite négrière, aux sources de l’esclavage pour la colonisation et l’exploitation du Nouveau Monde. Au fondement du capitalisme moderne, la révolution industrielle dans l’Europe du XVIIIe siècle n’étant rendue possible que par l’exploitation coloniale de l’Afrique et des deux Amériques. On appelait cela, le commerce triangulaire.

—-200 à 300 ans plus tard, le racisme est resté un des facteurs fondamentaux de la perpétuation de l’exploitation en dressant travailleurs nationaux et immigrés les uns contre les autres, en empêchant la constitution d’une classe anticapitaliste et en inscrivant au cœur du salariat – cette transformation de l’esclavage – une division structurelle qui institutionnalisera le racisme.

—-Objectif atteint : la « classe » du travail est ainsi décomposée avant même de pouvoir se structurer en force sociale et politique. Les « Three D – Jobs » (dirty, difficult, dangerous) peuvent ainsi être inégalement distribués entre Blancs et Noirs, nationaux et étrangers.

Après l’impasse historique confinant à la démence du IIIe Reich hitlérien, le racisme a repris son cours tranquille au pays des Droits de l’Homme.

——Quoi d’étonnant à ce qu’aujourd’hui, à la faveur de la crise qui travaille en profondeur son système, le Capitalisme, dans son temple depuis plus d’un siècle, les États-Unis d’Amérique, vit, respire et reproduit le racisme.  Le racisme qui fait partie de son ADN.

—-La prochaine élection de Novembre 2020 se jouera sur la capacité à manipuler au mieux ce concept et cette idéologie. Donald Trump le sait.

 

 


6 réflexions sur “Mort d’un Noir

  1. Ainsi que Trump a brandi son pétard, qu’il lui pète à la gueule. Mais…

    Pendant ce temps, Môsieur s’exclame devant le départ de SpaceX pour la station ISS, SpaceX d’Elon Musk, entre-nous soit dit. Récupération d’un défi par la Nation Made in USA. Melania faisait-elle partie de l’équipage ? Car on ne l’a point vue aux côtés de son mari décoloré ?!

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  2. Merci pour ce rappel historique.
    Au mieux, le terme de « race » ne pourrait désigner que l’humanité, race parmi d’autres (féline, canine, équine, etc.) de la classe des mammifères. Mais parler de race humaine est déjà un abus, étant donné que l’humanité n’est qu’une branche de ce qu’on appelle, non pas race, mais « ordre » des primates.
    Pourquoi ce mot « d’ordre » dévolu aux singes plutôt que celui de « race »? Parce que les singes sont considérés comme mammifères supérieurs (« primate » signifie « premier »)… Ainsi parlera-t-on plutôt de « familles » de singes dans l’ordre des primates plutôt que de races, par respect dû à la supériorité du singe sur ses inférieurs.
    Du coup le terme « d’ordre » ne peut plus être dévolu à l’humain. Du coup on ne peut plus se couper du Singe. Merde.

    Le terme de « race », indifféremment dévolu à un ensemble zoologique et à chacun de ses types internes, est en fait réservé aux animaux domestiques (ex: distinguer dans les races canines, félines, équines, bovines etc. des différentes races de chiens, chats, chevaux, vaches, la race devenant alors signe de « pureté génétique » c’est-à-dire de récessivité…). Le mot « genre » est lui un polymorphe désignant des « ressemblances groupales » pouvant déterminer une catégorie interne à celle de la race: ainsi les ongulés, les ruminants. Mais à l’intérieur de ces genres il y a des ongulés ruminants (le bouc) et d’autres pas (la baleine). Le genre, c’est encore moins simple.

    Le terme de race tend donc à désigner exclusivement la DOMESTICATION d’un être vivant, du boeuf à l’éléphant.

    Remarquons que dans « l’ordre » des singes, le mélange des « familles » n’est pas possible: pas d’hybrides orang-outang croisé gorille ou Bonobo croisé Bimbo, contrairement aux corniauds et chats de gouttière égayant nos rues.
    Ici intervient alors le terme « d’espèce », créé à l’image du singe pour désigner exclusivement les « races » ne pouvant se reproduire qu’entre elles: une espèce est ainsi toujours endogame. Donc, dans l’ordre des singes, il faudrait aussi parler d’espèces (gorilles, macaques, etc.). L’humanité s’arrogea le terme d’espèce – en fait dans l’ordre des primates, ce qu’on oublie. Ouf. Enfin logique et sans cette promiscuité égalitaire qu’impliquait le terme de « famille » (famille macaque, famille humanité… quand on connaît le destin des Capulet et des Montaigu…).

    Alors survient « l’antispécisme » par amour des bêtes mais qui, d’un point de vue « scientifique », réfuterait l’impasse biologique, rêvant peut-être d’un bidouillage génétique transhumaniste aboutissant à la création d’une « chimère »: croiser par exemple un humain et un lion, ce qui donnerait un « richard » (coeur de lion) qui, à l’image du mulet (croisement d’un âne et d’un cheval) serait stérile et ne pourrait générer une espèce, à moins bien sûr de clonage, au fond l’outil antispéciste par excellence. Bienvenue dans le monde de Mickey mi souris, mi homme et qui se mord la queue (de rat).

    Les qualités d’ordre et de famille élevèrent le singe au rang de sous-sous-homme (la notion de sous-homme ayant déjà été utilisée pour distinguer les humains dotés d’une âme de ceux en étant dépourvus, puis les humains au sang pur de ceux au sang impur abreuvant les sillons, puis ceux issu de la « race supérieure » à tous les autres).
    A ce titre les singes furent promus – et avec eux bien des sous-hommes – collaborateurs de laboratoires.

    La confusion des termes, classes et significations dans ce foutoir nomenclatural entre genre, famille, race, espèce et ordre n’a pour objectif que d’empêcher l’humain de se penser autrement que comme étranger à « tout autre naturel ».
    Pré-requis religieux: l’humain ne peut ainsi relever que du genre divin. CQFD. Même les darwiniens ont du mal.
    Ainsi « genre humain » sera un terme philosophique. « Espèce humaine” un terme religieux. « Famille humaine » serait la moins pire approximation scientifique en regard du primate (des Gaules ou d’ailleurs). Mais Trump voudra pas.
    « Race supérieure » en revanche fait la preuve sémantique de l’imbécillité et surtout de l’identification à ce que l’on hait.
    Car si « race » est un terme exclusivement domestique, alors intervient nécessairement le concept d’un domestiquant de la race supérieure elle-même, exemple: le Marché et SpaceX (autrefois c’était le Sabre et le Goupillon).

    On attend donc avec toute l’impatience de notre intelligence frustrée une révision complète des classifications biologiques cessant de tricher entre hiérarchie et égalité et de nous décerveler dans nos cages de laboratoires.

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