La nature en sa splendeur


La Terre a une peau; cette peau a des maladies; l’une d’entre elles s’appelle l’Homme, disait Nietzsche.

Ciels purs. La vague de dépollution massive, si elle dure au moins trois mois (ce qui est probable), aura réalisé les objectifs annuels de l’accord de Paris sur le climat sans le moindre effort de chaque pollueur humain assigné à résidence.

La Terre respire, l’humanité s’étouffe. Le monde à l’envers. On entend les oiseaux au lieu des moteurs, ils dessinent leurs ballets amoureux au-dessus des cheminées d’usines asséchées, béant au ciel leur vide. Vont-ils aller y construire des nids. Peut-être leurs petits pourront-ils s’envoler avant que les bouches sinistres ne se remettent à expectorer leurs excrétions toxiques.
Les abeilles virevoltent dans le vieux mirabellier qui n’a jamais donné autant de fleurs.
Les animaux – on dit que la pandémie viendrait d’eux – vivent leurs vies libérées des dangers des machines: ils courent, aiment, font des petits et se pourchassent en bonne santé… Les canards et les poissons ne sont plus massacrés par les jets ski lancés à fond sur le fleuve. Les eaux de la lagune sont claires à Venise. Les dauphins viennent danser près des plages vides et silencieuses.

Le silence. Le jour où l’humanité se tait. Pas même une bombe (peut-être).

Nous sommes de l’univers, écrivait Hawkings.
Nous sommes de la nature. Nous sommes de la terre.

Il n’y a pas d’inconscient collectif – l’inconscient en collectivité, c’est chacun pour soi.
Un inconscient collectif supposerait un refoulement collectif. Et le trauma, universellement individuel et simultané à l’échelle du temps commun qu’il faudrait pour opérer ce bouleversement, je ne le vois, pas, je doute qu’il ait jamais eu lieu. Ce qui se passe aujourd’hui pourrait en faire pressentir l’absurdité – faudrait-il encore pour cela que l’humanité accepte de se réduire à l’organisme-colonie,  le rêve du logarithme.

Parlons plutôt d’imaginaire collectif – magma universel de technologies voraces (Castoriadis). En réaction, peut-être, une somatisation collective: l’abaissement de l’immunité chez une post humanité forcée à se transgresser, privée de futur et de la liberté de se créer, dépouillée même de son passé par le remodelage cognitif et le morcellement de ses savoirs échus sous la dictature de l’infiniment petit.

En nous la nature a repris courage – vir. Celui aussi de l’infiniment petit, mais plus invisible que le nano humanoïde et mieux affranchi des limites. Gigantesque bataille entre les Minuscules – Gargantua sous le masque de la micro puce contre l’armée des coronavirus. Logique: fallait pas aller traficoter la puissance de ces coins-là.

L’humain paniqué thésaurise nouilles et papier toilette, totems de l’oralité et de l’analité infantiles.
Inexplicable du point de vue consumériste élaboré.
Gouvernant, médiatique, discordant, le seul brouhaha qu’on entend partout malgré les oiseaux.
Réflexologie posturale: décompte des cas, guéris, hospitalisés, en réa et morts comparés aux autres désastres nationaux; laminage administratif de l’anormalité sous les protocoles des temps normaux; la technologie appelée à sauver ce qu’elle ne peut pas entrer dans ses logiciels; désir que “tout revienne au plus vite comme avant” pour les Marchés se hissant à la hausse au fil des dépenses; appels à mettre en grève des activités réduites à l’inactivité; doctrine automate assignant des malades à mourir “naturellement” d’asphyxie plutôt que de les autoriser, avant le pire et dans l’ignorance, à risquer un incident cardiaque aisé à prévenir mais peut-être salvateur.

Sous le soleil s’ouvrent de grands parapluies selon les directions girouettes d’une autorité réduite à gérer ses manques.

Le risque zéro n’existe pas, assène la science à l’heure du risque global. Aplatir la courbe, attendre les conclusions des experts. Mais la vie n’a pas d’experts. Et le malade pas le temps. Il ne débat pas avec l’asphyxie. En coma forcé, il agonise sans Autre, sans dehors et sans bruit dans la prison de l’inconscient et du corps dévastés par l’imminence de la mort. Trauma impossible à “résilier” pour celui qui s’en sortira – comme pour celui qui en est malgré lui la main exécutante.

Car c’est cela que le soignant prend en charge, par le protocole auquel il obéit – puisque tout lui est interdit d’autre à obéir.

Après… Après, tout est trop tard (Dagerman).
Après, les soignants tombent malades.
Après, la nature humaine reprend ses droits, ses abus et ses dividendes.
Après, l’administration se venge du désastre en réifiant encore davantage l’élément individu, malade incontrôlable.
Après, des révolutions éclatent à peu près partout – nos mobiles surveillant et signalant la trace de chacun.

Après, la nature – notre nature –  trouvera une autre façon, encore moins mesurée, de rabattre notre caquet.
Après, tout sera trop tard  si cet instant de Kairos que nous vivons enfin tous ensemble, nous ne le saisissons pas pour nous recréer ensemble comme étant de l’univers. De génitif et générique.

Et non “dans” l’univers comme si nous étions d’ailleurs, de nulle part, d’un hors au-dessus de lui – hors fantasmé qui, en toute logique, ne peut être que néant, déni du réel et dont l’arrogance de nos terreurs est aussi le produit.

« Le virus est transmis par des liens, et l’espèce humaine est humaine précisément à cause de ces liens. » (M. Horovitz)

Travail de culture, urgence sanitaire.

Aniouta


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