Ira furor brevis est


10 JANVIER 2020

——Jean Casanova

——–Ira furor brevis est, la colère est une courte folie, disait Horace dans ses Épîtres. Mendax et gloriosus, reprenait Plaute, le poète latin dans sa Comédie : mendax, en français, menteur ; et gloriosus, toujours en français, qui cherche la gloire, vantard et fanfaron.

D’un tel personnage, ajoutait encore Plaute, il faut tout craindre. Pour le qualifier, nous rajouterions aujourd’hui : acutus ferusque. Acutus, dangereux ; et ferus, féroce.

——–Un éditorialiste de la presse écrite le dit avec force : « Exécuté sur ordre de Donald Trump, l’assassinat du Général Qassem Soleimani, haut dirigeant militaire et dignitaire iranien, est un pas de plus vers l’abîme guerrier. Si l’avenir n’est jamais écrit d’avance, comment ne pas voir que la puissance américaine met le monde en péril par son comportement d’État voyou qui piétine le droit international ? ». Assassinat, le mot est fort, et la presse anglo-saxonne le reprend : assassination.

Mettons de côté la question de la personne du général, de ses mérites ou de ses méfaits. La question n’est pas là. Un général fait la guerre et peut être tué au combat. Mais on ne peut l’assassiner.

En dehors du caractère psychopathique du comportement de son premier dirigeant, quelles peuvent bien être pour les États-Unis les raisons de fonds d’un tel geste, redoublé le surlendemain par la menace de destruction, véritable crime de guerre selon la législation internationale, destruction de 52 sites culturels en Iran. Reposons-nous la question. Quelles peuvent être les raisons de fond d’un tel geste ?

——17 ans plus tard, l’accord est maintenant fait quant aux raisons fondamentales de la plus grave violation du droit international, l’invasion de l’Irak en Mars 2003, au prétexte de son soutien à Al Qaïda et de son potentiel d’armes de destruction massive, bactériologiques et nucléaires.

Il y avait des raisons, même si elles étaient laborieusement masquées par des prétextes. Derrière ces prétextes, apparus par la suite comme totalement affabulatoires, se cachaient en réalité les objectifs du projet néo-conservateur de Grand Siècle Américain. La mainmise géostratégique sur les ressources pétrolières moyen-orientales et l’installation aux frontières proches de la Russie et surtout de la Chine, de nouvelles bases militaires américaines. Le tout pour assurer la suprématie impériale des États-Unis pour le siècle à venir. Mais en est-on encore là aujourd’hui ?

——–Après l’échec de ces visées géostratégiques et l’installation de tout le Moyen-Orient dans le chaos d’où sont surgis Daesh et le terrorisme islamiste international, pourquoi ce redoublement aujourd’hui dans la provocation avec ses risques d’entrée dans l’ère de tous les dangers, le plus effrayant d’entre tous, un possible conflit nucléaire régional ?

Hasardons une hypothèse ! A Mad Man à la Maison-Blanche, faut-il y voir la conséquence et le reflet de la déliquescence rampante et déjà bien réelle de l’Empire ? Ou bien un accident de l’Histoire qui pourrait annoncer et précipiter la décadence ? Cause ou effet ?

Nous n’en resterons pas dans cette affaire au répertoire du comique troupier, bien que la réponse nous vienne immédiatement aux lèvres : « Les deux, mon Adjudant ! ».

Plus sérieusement, dans cette relation de causalité, celle de la décadence de l’Empire, facteur de l’arrivée au pouvoir d’un psychopathe, ou cette dernière, facteur causal du déclin de l’Empire, il serait bon, comme le recommande le philosophe, de faire preuve de dialectique : « Penser dialectiquement la causalité en dépassant la dichotomie linéaire simpliste de la cause et de l’effet, ceci dans une logique de l’universelle interaction. » Nous citons là le philosophe Lucien Sève.

——–La postérité dira sans doute que ce geste assassin doit être lu comme la manifestation d’une fuite en avant d’une puissance impériale sur le déclin, puissance aveuglée par la perte de maîtrise de son destin.

Un fauve blessé, même à l’agonie, reste une bête dangereuse. L’impérialisme étatsunien conserve sa suprématie militaire et sa capacité à frapper en tous lieux, mais il a perdu son hégémonie, cette force qui permet la domination sans la coercition.

 


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