Le Homard a dû jeter l’éponge


17 JUILLET 2019

—— Jean Casanova

——–Chers lecteurs, il vous reste probablement encore en mémoire l’Affaire dite « du Collier de la Reine », nous étions en 1785, affaire qui mit la Reine Marie-Antoinette au comble de l’humiliation et dégrada de façon irréversible son image dans l’opinion populaire de l’époque.

Nous vous en rappellerons cependant les grandes lignes. Nous étions en 1785, à la veille de 1789, et pour beaucoup d’historiens, l’affaire fut un élément supplémentaire dans le grand discrédit de la famille royale et de la Monarchie. La faillite était proche.

La formule lapidaire de Fréteau de Saint-Just, magistrat du Parlement de Paris, était prémonitoire et presque sans appel : « Un cardinal escroc, la Reine impliquée dans une affaire de faux ! Que de fange sur la crosse et le sceptre ! Quel triomphe pour les idées de liberté ! »

Accusée depuis longtemps de participer, par ses dépendances excessives et insolentes, au déficit du budget du Royaume, la famille royale subit à cette occasion une avalanche d’opprobres sans précédent. Elle ne s’en remettra jamais.

En 1785, le Cardinal de Rohan, Grand Aumônier à la Cour, en disgrâce auprès de la Reine pour d’obscures raisons – ses mœurs licencieuses a-t-on avancé – et prêt à tout pour regagner la faveur royale, intervint auprès des joaillers de la Couronne pour qu’ils cèdent à bon prix à la Reine un somptueux collier de 540 diamants. Le bijou ayant été livré clandestinement, mais la Reine prétendant l’avoir refusé, le bijou disparu, les joailliers revinrent à la charge, déclarant ne pas en avoir reçu le paiement. Le scandale fut énorme. L’affaire fut portée en justice. Le Cardinal blanchi, quelques intermédiaires sévèrement punis et marqués à l’épaule au fer rouge du V de voleur, la Reine fut innocentée. Mais dans le contexte déjà déliquescent de la période, c’est elle qui fit les frais de cette pénible affaire. Son impopularité atteignit le comble. La Monarchie avait tremblé.

——–Autres temps, mais peut-être pas autres mœurs, la chronique de Frère Plenell de Mediapart, en date du lointain 13 Juillet 2019, nous relata l’Affaire du Homard.

Frère Plenell, à la veille de la commémoration du 14 Juillet et de la Prise de la Bastille, douloureuse coïncidence, bien imprudent ou, plus probablement, malintentionné dans son rôle officiel de détracteur du Roi Monarc, nous révéla les somptueuses réceptions, vins fins et force homards, offertes à ses amis par le Grand Jardinier du Roy, ainsi que les rocambolesques et coûteux travaux qu’il avait fait réaliser dans son modeste pavillon de l’Hôtel de Lassay.

Plus de 60 000 ducats, dont 17 000 pour l’aménagement d’un modeste dressing à l’attention de son épouse, journaliste de gala. Ceci, alors qu’à l’époque, le maigre salaire mensuel d’un pauvre manouvrier n’atteignait que les 1200 ducats.

Les malencontreuses tentatives d’explications fournies par Sibeth Ndiaye, porte-parole et camériste du Roi Monarc, rapportées dans les gazettes et les lectures publiques des hérauts royaux dans les lucarnes du 20 h, comble du mal à propos, au lieu d’atténuer le scandale, ne firent que le renforcer.

« Tout le monde ne mange pas du homard tous les jours, bien souvent c’est plutôt des kebabs ».

Et quand il fut rajouté insidieusement par Frère Plenell que Paris était la capitale de la gastronomie, la colère du peuple se mêla d’ironie et de moquerie.

Arrêtons là de citer les désastreux effets de la chronique de Frère Plenell. Il était clair maintenant que, d’hagiographe, il était devenu contempteur.

Le mal était fait. La moquerie s’étalait de partout sur les affiches en plein Paris.

——–Plus grave, et cela soulevait l’inquiétude du Roi, des libelles commençaient à circuler, annonciateur de temps difficiles pour la Monarchie.

Ceci que, d’autant plus, de lourds dossiers propres à soulever la colère du peuple étaient en préparation. Après celui, l’année précédente, de la réforme du Code de la Taille et de la Corvée, devait être mené à bien, les financiers du royaume l’exigeaient, celui, explosif, de la Retraite.

L’affaire se dissipa enfin, après le renvoi du Grand Jardinier, accusé de pharaonisme et de somptuaire et livré pour cela à la vindicte publique

Les hérauts des lucarnes du 20 h avaient entre-temps soulevé d’autres lièvres et d’autres inquiétudes. Et celles-ci ne manquaient pas.

——L’affaire ne fut pas la goutte d’eau qui fit déborder le vase, mais, les historiens le soulignent, ce dernier continuait à se remplir. Des temps difficiles allaient advenir pour la Monarchie.


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