Life settlement


21 JUIN 2019

(Santa Monica Medical Hospital Center – Californie)

——Jean Casanova

——Terrible année 1964. Celle où nous perdions Zappo Marx, Don Redman, Alton Delmore, mais aussi l’immense Cole Porter…‏

L’inoubliable Cole Porter

——C’était là le titre, sous lequel, toujours aux États-Unis, nous comptions faire paraître notre grande étude « Il y a 55 ans, le jazz américain perdait un géant », étude consacrée au 55e anniversaire de la mort de Cole Porter à Santa Monica (Californie).

Et partant et pourtant, c’est d’autre chose dont nous allons aujourd’hui vous entretenir, le life settlement.

Car, à Santa Monica, à quelques heures de notre visite au Santa Monica UCLA Medical Orthopaedic Hospital Center, où avait séjourné notre héros avant de nous quitter pour toujours, au comptoir d’un motel tel qu’aimait les peindre le regretté Edward Hopper, nous fîmes la plus étrange des rencontres.

Santa Monica Restaurant Gourmet Burger

Attablé devant de plantureux crispies hash brown accompagnés de petites saucisses et de haricots à la sauce sucrée, le tout arrosé de grandes tasses de café fumant, nous voilà abordé par un de ces si typiques voyageurs représentants, ceux que le cinéma américain a popularisé chez nous, toujours en vadrouille et à l’affût du client facile et de la petite escroquerie.

Savourant lui aussi un scrambed eggs, un grand verre de bourbon à la main, ce dernier guettait là le chaland, à la sortie si fréquentée de ce grand centre hospitalier. Mais pour quelle démarche, quel commerce, nous disions-nous ?

Représentants en assurances américains

——–Son commerce, notre homme ne se fit guère prier pour l’étaler : le « life settlement », ou dans notre bon français, le rachat d’une police d’assurance-vie à son souscripteur et, ceci n’apparaissant pas dans le contrat, en pariant sur son décès le plus proche.

Et quel plus aisé endroit pour lancer les filets d’une telle pêche miraculeuse que les abords hospitaliers.

Là, où pour financer leur fin de vie, dans cette si belle formule qu’affectionnent les adeptes du libre marché, le gagnant- gagnant, pour financer leur fin de vie, nombre de malades ou d’éclopés cherchent à liquider et échanger à 50 % de sa valeur faciale, leur police d’assurance-vie. L’heureux acheteur empochant le solde au décès du souscripteur.

——–Et par les temps qui courent, le marché est florissant : seniors cherchant dans la dernière partie de leur vie l’argent nécessaire à se soigner ou à financer les études de leurs petits-enfants ; sidéens en mal de fonds pour acheter leur trithérapie ; coronariens à la recherche d’un stent à bon marché et hésitant quant au moyen le moins funeste pour se le procurer, surtout ne pas avoir à vendre leur petit pavillon, leurs enfants n’ayant plus alors que leur garage pour les héberger…

Un véritable marché estimé aujourd’hui à 5 milliards de dollars. Marché prometteur et même garanti, pour reprendre le célèbre aphorisme de Benjamin Franklin : « Rien dans ce monde n’est certain, exceptés la mort et les impôts ».

——–N’allez pas, chers lecteurs, voir là, affaire à la petite semaine.

Goldman Sachs est sur les rangs pour explorer industriellement ce juteux marché. Les agents de son fonds QxX Mortality Index recrutent des médecins pour scruter les dossiers médicaux les plus prometteurs et ainsi sélectionner les contrats offrant le retour sur investissement le plus rapide. On va chercher les vendeurs là où ils sont : maisons de retraite, hôpitaux où sont commissionnés, pour les réunions-tupperware du life-settlement, infirmières et directeurs d’établissement. Tout le monde y trouve son compte.

Évidemment, dans un pays comme le nôtre, aux préjugés si ancrés, où l’immédiate question qui vient aux lèvres, celle de la morale, constitue un bien dommageable obstacle aux affaires, beaucoup ne verront dans ces pratiques que la marque d’une certaine barbarie.

Nos sympathiques cousins américains nous administrent la preuve qu’il n’en est rien !

Et si, c’est une hypothèse, il faut la tenir pour sérieuse, même si pour l’instant elle semble écartée, par les vertus du Grand Marché Transatlantique, de telles dispositions, celles du life settlement, venaient à être légalisées en France, on pourrait craindre de voir Goldman Sachs attaquer, devant un tribunal arbitral, la Sécurité Sociale française pour, par la gratuité des soins qu’elle instaure, faire obstacle à ce libre et fructueux commerce.

 

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