Bruits de bottes


24 MARS 2019

——Jean Casanova

——–Nous aurions bien aimé en rester au ton moqueur et badin du gentil Plantu. Il dit certes le problème, mais en dissimule quelque peu la gravité. Le recours à l’Armée.

——Le recours à l’Armée pour le maintien de l’ordre ? Vous n’êtes pas surpris et votre doigt désigne déjà l’Iran des ayatollahs, la Turquie du Président Erdogan, la Russie de Vladimir, qui sait le Brésil de Bolsonaro. Nous allions oublier le Venezuela de Maduro.

Eh bien non, voyez-vous. Il s’agit de la France de Benalla. C’est dans notre doux pays que la chose est maintenant envisagée. Y aurait-il un précédent ? Oui, nous avons encore en mémoire la répression à Paris, en 1848, d’une manifestation ouvrière par le Général Cavaignac. Des milliers de morts. Craignons donc encore la bénalisation de la violence.

Journées de Juin 1848 à Paris

——–Le 29 Mai 1968, en pleine insurrection populaire à Paris, le Général De Gaulle s’envolait pour Baden-Baden, en Allemagne. Tournée des popotes ?

Non ! Mais pour y rencontrer dans le plus grand secret le Général Massu, chef des forces françaises en Allemagne. Le même Général Massu, célèbre pour, en 1957, avoir dirigé la bataille d’Alger dans le cadre de la loi martiale : répression, arrestations, tortures et exécutions. Un expert.

Que venait donc chercher à Baden-Baden le Général De Gaulle ? Le soutien sans faille de l’armée. On le suppose et c’est le plus plausible.

Il en fera plus tard la confidence : « J’ai eu la tentation de me retirer. Puis, j’ai pensé que si je partais, la subversion menaçante allait emporter la République. Alors, une fois de plus, je me suis résolu. »

Rentré à Paris, alors que dans les rues montaient les « De Gaulle démission », ou encore « Gouvernement populaire », il prend sa décision. Faire quadriller Paris par l’Armée et les tanks ? Non ! Nous sommes en République. Il rendra la parole au peuple par dissolution de l’Assemblée Nationale et convocation de nouvelles élections.

——–Confronté à une situation, sinon identique, du moins présentant de grandes similitudes, nous y rajouterons le saccage du Fouquet’s, le 21 Mars 2019, jour de l’arrivée du Printemps, le monarque élyséen d’aujourd’hui a convoqué la troupe, elle n’est pas de comédiens, la troupe qui participera dorénavant, au côté de la Police, et dans des formes encore mal précisées, participera au maintien de l’Ordre. Nous y mettons une majuscule.

Cette décision s’inscrit-elle dans le cadre de la Loi ?  Celle du 24 mars 2005, portant statut général des militaires, édicte dans son article 1 : « L’Armée de la République est au service de la Nation. Sa mission est d’assurer par la force des armes la défense de la patrie et des intérêts supérieurs du pays. »

Le Général Bruno Leray, Gouverneur militaire de Paris, inquiet mais réaliste, interrogé par des journalistes, a répondu : « Les soldats ont différents moyens d’action pour faire face, mais si leur vie ou celle des personnes qu’ils défendent est menacée, ils pourront aller jusqu’à l’ouverture du feu. »

Un ancien colonel ne mâche pas ses mots : « C’est une grosse connerie ! L’Armée n’a que des armes de guerre pour combattre un ennemi extérieur. C’est un retour en arrière. Rappelez-vous Fourmies en 1891. Le Gouvernement veut-il à nouveau un massacre ? »

(À Fourmies, petite ville de l’industrie textile du département du Nord, le 1er Mai 1891, la troupe met fin dans le sang à une manifestation ouvrière pacifique aux mots d’ordre touchant à la durée de la journée de travail « C’est les huit heures qu’il nous faut ! ». Le bilan fut de 9 morts.)

——Nous n’irons pas plus loin dans ce parallèle : un général de 70 ans, recru d’honneurs et de gloire, dans un Paris en quasi insurrection, alors que l’Armée lui a assuré secrètement son soutien, redonne la parole au pays par la convocation de nouvelles élections ; un ancien banquier de 40 ans, recrue de l’oligarchie, dans une situation qui n’est pas sans faire évoquer la première, convoque la troupe pour le maintien de l’Ordre.

Beaucoup s’inquiètent. À quand la loi martiale ?

Le terme de « martial » dérive du nom de Mars, dieu de la guerre dans la mythologie romaine. La loi martiale est l’instauration d’un état judiciaire d’exception au sein duquel l’Armée assure le maintien de l’ordre à la place de la Police.

 

 


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